Une expérience esthétique de John Dewey (3/4)

Extérioriser et exprimer

À présent, je voudrais insister sur la dimension transformationnelle de l’expérience esthétique à partir d’une remarque de Dewey qui peut, à première vue, sembler marginale. Voici ce que dit Dewey :

Bien des gens sont malheureux, ou intérieurement torturés, parce qu’ils ne maîtrisent aucun art leur permettant une expression active. Ce qui dans des conditions plus favorables pourrait servir à transformer du matériau objectif en matériau d’une expérience intense et claire cause un bouillonnement intérieur incontrôlable qui finit par se calmer, faisant peut-être suite à une perturbation interne douloureuse.

(AE 127)

En fait, ou du moins est-ce là ce que je vais m’efforcer de montrer, cette remarque n’est pas marginale du tout dans la mesure où elle touche au fonctionnement même de l’art — ce qui peut être une manière de parler de ce qu’il est et, ainsi, d’en donner une définition. Dewey ne suggère pas que nous sommes malheureux parce que nous ne sommes pas des artistes, ou que pour cesser d’être malheureux, nous devrions devenir des artistes, ni même que les artistes sont heureux et que le but de l’art est, au final, de nous rendre heureux. Ce n’est peut-être pas tout à fait faux, mais il me semble qu’il veut dire autre chose : si nous ne parvenons pas à une « expression active », c’est peut-être que nous avons une conception erronée de ce qu’est l’expression, ou comme il le dit dans le titre du chapitre qu’il consacre à la question, de « l’acte d’expression ».

Dewey, dans le chapitre qu’il consacre à « l’acte d’expression » critique, en effet, « la conception selon laquelle l’expression est l’extériorisation directe d’une émotion qui forme un tout en soi » (AE 129). Selon une conception de genre, il y aurait une distinction stricte entre émotion et expression. Supposons ainsi un moi. Ce moi contient une émotion. Cette émotion existe en elle-même, avant même qu’elle soit exprimée, et elle continuerait peut-être à exister même si elle n’était pas exprimée. De plus, ces émotions existent comme des universaux, telles que la peur, l’amour, la haine, etc. Celles-ci sont toujours identiques à elles-mêmes, quelles que soient les situations dans lesquelles elles sont ressenties, et elles ne connaissent de variations que sous la forme de différences d’intensité. L’expression, dans une telle conception, serait la simple extériorisation de l’émotion intérieure. Émotion et expression participeraient ainsi d’un schéma univoque, de l’intérieur vers l’extérieur. Il y a des émotions, qui sont ressenties à l’occasion d’une certaine situation, et qui sont ensuite directement extériorisées par le moi qui les ressent dans une expression de cette émotion. L’émotion serait ainsi une réaction à une stimulation extérieure, qui serait ensuite exprimée de l’intérieur vers l’extérieur, comme une réponse extériorisant l’émotion.

Pour démonter cette conception, Dewey commence par faire une distinction entre « réflexe » (impulse) et « impulsion » (impulsion). Selon Dewey, le réflexe lui-même n’est qu’une partie de l’impulsion comme « mouvement vers l’extérieur et vers l’avant de tout l’organisme » (AE 115) (1). L’impulsion est le point de départ de toute expérience complète dans la mesure où elle oriente l’organisme vers ce qui est nécessaire à son intégrité, sa survie et son développement. La distinction que fait Dewey, dans ce cadre, entre ce qui est étranger et ce qui appartient à l’organisme est décisive. En effet, cette distinction ne recoupe pas ce qui est, d’un côté, intérieur et, de l’autre, ce qui est extérieur. Il y a des choses à l’intérieur de l’organisme qui lui sont étrangères et d’autres à l’extérieur qui lui appartiennent. Ce sont ces dernières que l’organisme doit s’approprier s’il veut rester en vie (2). L’organisme doit ainsi s’approprier ce qui, à l’extérieur de lui, est nécessaire à sa survie. Or, dans ce processus d’appropriation l’organisme rencontre des obstacles. Le processus d’appropriation se précise alors par distinction de ce qui est favorable et de ce qui est défavorable, et par transformation des éléments défavorables en éléments favorables. C’est à ce moment que l’intention apparaît :

Alors même qu’il transforme ces obstacles et ces conditions médiocres en agents favorables, dit Dewey, l’être vivant prend conscience de l’intention qui est sous-jacente à son impulsion. Que le résultat soit un succès ou un échec, le moi ne retourne pas simplement à son état antérieur. L’élan aveugle se transforme en objectif ; les tendances instinctives se convertissent en entreprises élaborées. Les façons d’être du moi se chargent de sens.

(AE 117)

Il faut commencer par faire une remarque sur le vocabulaire employé pour bien comprendre ce passage. Dewey écrit : « the live creature becomes aware of the intent implicit in its impulsion » (3). Autrement dit, l’intention est implicite dans l’action depuis l’impulsion, mais elle n’est pas à l’origine de l’action. Comme nous avons déjà eu l’occasion de le voir, il n’y a pas d’abord une intention, à laquelle correspondrait une impulsion, et à laquelle viendrait enfin répondre une action. L’intention se découvre en quelque sorte dans l’action. Le moi ou le soi (le « self », comme le dit Dewey) ne précède pas les interactions avec l’environnement, pas plus qu’il n’y préside. Il prend conscience de lui-même quand il découvre, dans le cours des interactions avec l’environnement, le sens de l’impulsion qui est au début de l’expérience qui est en train d’avoir lieu. Le soi n’est pas un quelque chose stable, qui ne change pas ; il se transforme de manière continue, il évolue, il se développe, à mesure qu’il transforme les obstacles qu’il rencontre pour continuer à vivre, à préserver son intégrité, et à se développer. Littéralement, comme le dit Dewey, les attitudes du soi sont informées par une signification. La façon dont l’organisme se comporte pour, dans des circonstances données, convertir le mauvais en bon et ainsi parvenir à se développer, produit du sens. Ou, peut-être mieux : le soi découvre le sens de ce qu’il fait en le faisant. Et ce, qu’il réussisse ou qu’il échoue. La signification n’est pas l’action qui s’avère in fine couronnée de succès. La signification est découverte par le soi lorsqu’il essaie de s’approprier ce qui, hors de lui, est susceptible de lui permettre de continuer à vivre. Dans ce cours des interactions, le soi se transforme en même temps que « l’élan aveugle se transforme en objectif », c’est-à-dire en même temps que ce qu’il fait prend un sens, en même temps que ce qu’il fait devient un moyen pour atteindre à un but. Ni le soi ni les moyens ni les buts ne sont fixés à l’avance — ils n’existent pas avant d’avoir lieu, avant d’être en acte — ils se forment dans le cours de l’expérience, et ils se transforment avec elle.

Dès lors, on peut comprendre la critique de Dewey et sa phrase selon laquelle : « Toute activité dirigée vers l’extérieur n’est pas nécessairement synonyme d’expression » (AE 119). Je pense que, selon Dewey, il y a expression à proprement parler quand il y a apparition de la signification, c’est-à-dire quand « les choses dans l’environnement qui ne seraient autrement que des voies d’accès ou au contraire des obstacles aveugles deviennent des instruments » (AE 119). L’appropriation n’est pas la simple reconnaissance du fait que des choses dans l’environnement sont bonnes ou sont mauvaises pour nous. Bien plus que cela, c’est l’usage que nous faisons de ces choses. Nous ne nous contentons pas de distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais, écartant le mauvais et conservant le bon ; il y a une réelle transformation des choses dans l’environnement qui implique aussi une transformation du soi, lequel soi devient conscient de lui-même dans l’usage qu’il fait des choses et dans la perception de la signification de cet usage. Ainsi, comme Dewey le fait remarquer,

Ce qui est mis en œuvre est non pas seulement quantitatif (il ne s’agit pas seulement d’une quantité plus importante d’énergie), mais qualitatif, et cela implique une transformation d’énergie en action réfléchie, de par l’assimilation de significations provenant de l’arrière-plan d’expériences passées. La rencontre du connu et de l’inconnu ne se limite pas à un simplement agencement de forces : elle est une re-création dans laquelle l’impulsion présente acquiert forme et solidité tandis que le matériau ancien, qui était «en réserve», est littéralement régénéré et gagne une vie et une âme nouvelles en devant affronter une nouvelle situation.

(AE 119)

Lorsque, par exemple, il y a une résistance dans l’environnement, il ne s’agit pas, pour nous, d’agir simplement avec une force qui dépasse celle de la résistance rencontrée. Il s’agit bien plutôt de transformer cette énergie en signification, c’est-à-dire de l’intégrer dans le cours de cette expérience continue qu’est notre existence, de lui donner un sens dans le cours de cette expérience, et de trouver ainsi à la fois quoi faire avec l’impulsion présente et avec les expériences que nous avons déjà faites par le passé. Lorsque nous sommes confrontés à des situations problématiques, nous ne devons pas simplement les surmonter — ce qui est effectivement un des sens possibles du concept d’« expérience », qui consiste à surmonter des épreuves, en nous montrant plus fort, expérience qui pourrait avoir un sens quasiment nietzschéen de la vie qui nous enseigne que ce qui ne nous tue nous rend plus forts (4) —, mais nous devons encore les transformer, nous devons les intégrer dans le cours de notre expérience, en parvenant à unifier l’impulsion présente et le résultat des expériences passées.

S’approprier les choses en dehors de nous pour survivre et nous développer, cela ne signifie donc pas se contenter de surmonter des épreuves, mais aussi de les transformer en leur donnant un sens, dans un contexte précis, dans une situation déterminée, dans le cours de l’expérience qui est notre vie. L’appropriation est ainsi une conversion de l’énergie en signification, une transformation des énergies impliquées dans les interactions en moments pourvus de significations pour un être vivant dans le cours de ses interactions avec l’environnement dans lequel il est situé.

Cette dimension signifiante nous contraint à élaborer de façon totalement différente le schéma univoque de l’expression d’une émotion que nous avions esquissé ci-dessus. L’expression d’une émotion n’est pas l’expression d’une réaction, réaction à l’environnement à l’occasion de laquelle nous ressentons de la joie ou de la tristesse. L’expression d’une émotion participe toujours d’une appropriation de choses dans notre environnement, choses que nous devons intégrer en sorte de leur donner un sens par rapport à nos expériences passées et à la situation précise dans laquelle nous nous trouvons. Les émotions ne sont pas détachées du cours de nos expériences ; elles ne sont pas simplement activées à l’occasion d’irritations, de perturbations, de contrariétés, ou au contraire, de satisfactions face à un environnement qui s’avère agréable ou favorable et qui nous permet de simplement nous épanouir ou de nous réaliser. Les émotions sont des événements qui ont lieu dans le cours de l’expérience. Dewey redéfinit le schéma de l’expression de l’émotion en mettant en avant une continuité entre impulsion, émotion et expression. L’émotion est un point de contact entre l’impulsion de l’organisme et l’environnement. Elle a lieu lorsque les deux se rencontrent et nous comprenons alors que quelque chose se joue qui engage de façon importante, voire décisive, l’organisme que nous sommes :

Une impulsion ne peut conduire à l’expression sauf s’il y a émoi ou perturbation. Il faut qu’il y ait com-pression, pour qu’il y ait ex-pression. La perturbation se situe à l’endroit où se produit la rencontre entre l’impulsion intérieure et l’environnement, de façon factuelle ou purement mentale, et ce contact crée un ferment. La danse de la guerre ou celle de la moisson que le sauvage accomplit ne proviennent pas de l’intérieur sauf en cas de raid ennemi imminent ou de récoltes futures. Pour susciter l’excitation indispensable, il faut qu’il y ait quelque chose en jeu, quelque chose de capital et dont le dénouement est incertain, comme l’issue d’une bataille ou les résultats d’une moisson. En l’absence d’enjeu, l’émotion n’est pas stimulée. Par conséquent, ce n’est pas une simple excitation qui est exprimée mais de l’excitation — à propos de — quelque chose ; il apparaît donc également que même la simple excitation, à condition de n’être pas une totale panique, utilise des voies d’actions qui ont déjà été tracées par des activités antérieures qui mettaient en jeu des objets.

(AE 128)

L’émotion n’apparaît, et ne peut s’exprimer, que dans le cadre d’une question à laquelle nous devons répondre, c’est-à-dire seulement dans le cadre d’une démarche signifiante. Nous faisons non seulement quelque chose de cette émotion, mais nous faisons aussi quelque chose avec cette émotion. Les exemples des danses rituelles que prend Dewey me semblent particulièrement significatifs : en dansant, une tribu fait quelque chose d’une émotion — elle danse — et elle fait quelque chose avec cette émotion — elle danse. Je m’explique : l’émotion et l’expression de l’émotion ne sont pas ailleurs que dans la danse. Il n’y a pas une émotion qui est exprimée dans la danse. L’émotion est signifiée dans la danse qui l’exprime. La danse rituelle n’est pas une action pour modifier l’environnement, pas plus qu’elle n’est une expression de quelque chose qui la précède qui s’actualiserait à certains moments face à l’environnement ; elle a une fonction qui lui est propre, et qui met en jeu la signification qu’a un événement pour un groupe d’individus. Or, cette signification est dans la danse, proprement dite. Dans la place qu’occupent certes la danse de la guerre ou la danse de la moisson pour un groupe d’individus. Mais surtout, c’est ainsi que je suis enclin à interpréter Dewey, dans l’usage qui est fait de nos interactions avec l’environnement — la menace de l’ennemi ou la maturité des récoltes — et de la signification que ces interactions avec l’environnement ont pour nous et pour un certain nombre d’individus qui partagent les mêmes inquiétudes, les mêmes souhaits, les mêmes envies, les mêmes craintes, les mêmes désirs, etc., que nous.

La signification précède nos usages dans la mesure où elle est toujours partagée, toujours commune à un groupe, ou à une communauté d’individus (quelle que soit l’étendue de cette communauté). Mais, cet usage, de la même façon que les expériences passées sont régénérées lorsque nous faisons une nouvelle, cet usage donne de la vitalité à la signification commune, une nouvelle force et une nouvelle dimension. Si ce n’était pas le cas, alors les danseurs ne danseraient pas à chaque fois que la saison des moissons vient. Il suffirait de danser une fois de temps en temps pour rappeler l’importance de cet événement pour le groupe d’individus qui vivent ensemble. Si l’on danse à chaque fois, c’est qu’il est important de vivifier à chaque saison la signification de la moisson. La signification est certes commune, au sens où elle est publique, et en ce sens elle précède bien nos échanges et nos transactions, mais il faut toujours s’en servir, il faut lui trouver de nouveaux usages en fonction de circonstances nouvelles — que ces circonstances soient totalement nouvelles ou qu’elles se produisent à nouveau ne fait pas de grande différence, parce que quelque chose qui se produit à nouveau est toujours nouveau (au moins en ce sens qu’il y aura toujours quelqu’un qui pourra en faire l’expérience pour la première fois).

Je voudrais, pour conclure sur ce sujet, proposer une interprétation de la remarque pas si marginale de Dewey que j’ai citée pour commmencer ce chapitre (AE 127). Pour le dire en termes très généraux, nous pouvons ressentir une profonde détresse face à l’état du monde, mais l’art ne consiste pas en la pure et simple expression de cette détresse — un peu comme une critique de la société qui, pour certains, semble être le propre de la démarche de l’artiste qui a un point de vue sur le monde. Il doit encore y avoir une appropriation de ces éléments insatisfaisants de notre environnement. S’approprier ces éléments, c’est leur trouver un usage sur le fond d’une signification commune. C’est aussi vivifier, revitaliser, ou encore renouveler cette signification commune pour l’adapter à de nouvelles situations. S’il y a quelque chose qu’il faut retenir de Dewey, c’est ce pas décisif vers une interprétation de l’art comme appropriation de ce qui a lieu dans notre environnement. Les événements qui ont lieu dans notre environnement acquièrent, dans le processus de nos expériences, une signification dans la mesure où nous leur trouvons un usage qui leur donne une place dans le cours de notre existence, qui les intègre comme un développement qui permet de mobiliser les significations des expériences passées et les confrontant à des circonstances nouvelles. Il y a toujours un ensemble de significations partagées sur le fond desquelles des expériences nouvelles ont lieu, et sur le fond desquelles elles peuvent seulement avoir lieu. Mais il faut encore leur trouver un usage, c’est-à-dire les mettre à jour dans des contextes nouveaux, différents, et qui s’avèrent fréquemment problématiques, même si, tout aussi bien, ils peuvent être simplement agréables.

Ce que semble dire Dewey, d’un certain point de vue (au pied de la lettre, pour ainsi dire), c’est que nous pouvons parfois avoir l’impression que l’art nous fait défaut (une maîtrise suffisante dans un art) pour nous débrouiller avec la détresse que nous ressentons. J’aurais tendance à comprendre cela comme signifiant que ce qui nous fait défaut, c’est une conception de l’art qui nous permette de nous débrouiller avec notre détresse — ou avec notre satisfaction, mais par définition, la satisfaction n’est généralement pas problématique, et les choses se passent de manière plus souple —, qui nous permette non pas tant d’en faire quelque chose — l’exprimer — que de faire quelque chose qui nous permette de nous en débarrasser, qui nous permette de nous sentir bien dans notre environnement. Une telle conception peut sembler passablement naïve, mais — et, c’est toute la force de l’argumentation de Dewey — c’est une condition de notre survie et de notre développement. Nous ne pouvons pas en rester à l’expression de la détresse parce que cela n’a pas de sens ; il faut encore s’approprier les éléments qui, dans notre environnement, sont à l’origine de cette détresse.

En mettant l’accent sur la dimension continuiste de l’art, Dewey me semble avoir montré que l’art n’est pas séparé de la vie et que la vie n’est pas séparée de l’art — la continuité marche dans les deux sens. Les expériences esthétiques complètes qui peuvent avoir lieu dans le cours de la création artistique ont une incidence sur nos vies, non parce qu’elles les flagellent et nous font apercevoir un monde meilleur (plus vaste, plus beau, plus vrai, plus juste, plus tout-ce-qu’on-voudra) auquel seul un petit nombre d’artistes peuvent avoir accès cependant que les autres se contentent de le contempler de loin, mais parce qu’elles nous permettent de vivre nos vies telles qu’elles sont. Pour dire les choses autrement, qu’il soit possible de faire de l’art avec tout et n’importe quoi, cela implique sans doute moins une redéfinition du concept d’art — ce dont, après tout, malgré tout ce qu’on a pu en dire, nous n’avons peut-être pas grand-chose à faire — qu’une indication d’une possible reconfiguration de nos vies. Je ne veux pas suggérer que cela nous permet de faire de tout ce qui nous entoure de l’art — l’idée me semble suffisamment absurde en elle-même pour ne pas perdre notre temps à la critiquer—, mais cela nous permet certainement de percevoir et de concevoir différemment ce qui nous entoure. Et, ce qui nous entoure étant souvent bien hostile, cela peut nous permet de mettre en évidence certains usages que nous pouvons en faire qui le rendent sans doute moins hostile qu’il ne nous apparaît et qu’il ne l’est effectivement au premier abord.


(1) Sur ce point, je me permets de renvoyer notamment à l’ouvrage de Roberta Dreon, Sortir de la tour d’ivoire, L’esthétique inclusive de John Dewey aujourd’hui, Paris, Questions Théoriques, 2017. Dreon analyse notamment ces questions en prenant pour point de départ la critique de l’arc réflexe en psychologie, à laquelle Dewey oppose la notion de « circuit organique ».

(2) « Il y a des choses à l’intérieur du corps qui lui sont étrangères, tout comme il y a des choses à l’extérieur qui lui appartiennent de droit, si ce n’est de facto — qu’il doit, en d’autres termes, s’approprier, s’il veut rester en vie. À un niveau élémentaire, c’est le cas de l’air et de la nourriture ; à un niveau plus sophistiqué, c’est le cas des outils, qu’il s’agisse du stylo de l’écrivain ou de l’enclume du forgeron, des ustensiles et de l’ameublement, des biens de diverse nature, des amis et des institutions — tous les instruments et ressources sans lesquels il n’est pas de vie civilisée. » (AE 116)

(3) John Dewey, The Later Works, 1925-1953: 1934: Art As Experience, Volume 10, Southern Illinois University Press, Carbondale and Edwardsville, 1989, p. 65.

(4) Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles, « Maximes et traits », § 8. : « Appris à l’école de guerre de la vie : ce qui ne me tue pas me fortifie », in Friedrich Nietzsche, Œuvres philosophiques complètes VIII. Le Cas Wagner, Crépuscule des Idoles, L’Antéchrist, Ecce Homo, Nietzsche contre Wagner, textes et variantes établis par G. Colli et M. Montinari, traduits de l’allemand par Jean-Claude Hémery, Paris, Gallimard, 1974, p. 62.

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