Vies fictives de Wilcock

De son vivant, Juan Rodolfo Wilcock (1919-1978) accomplit un certain nombre de prouesses : il vécut de part et d’autre de l’Océan Atlantique, à Buenos Aires puis à Rome, villes capitales de chacun des hémisphères où il écrivit des livres en espagnol et en italien, et se lia d’amitié avec la fine fleur de l’intelligentsia artistique de son temps — là-bas, Borges, Bioy et Ocampo ; ici, Pasolini (il joua le rôle de Caïphe dans son Évangile selon saint Matthieu), Moravia et Morante. En revanche, il dut attendre d’être mort depuis un an déjà pour que lui soit enfin accordée la nationalité italienne, nationalité qu’il avait demandée cependant qu’il n’était pas encore sous la terre fantôme sans os. Mais il est vrai que l’État a toujours un temps d’avance sur la vie. Continuer à lire … « Vies fictives de Wilcock »

Errer dans la ville, sans but

À propos d’à Rome avec Nanni Moretti

« New York est-elle la même ville après un film comme Manhattan de Woody Allen ? Berlin, après Les Ailes du désir de Wim Wenders ? Rome, après Journal intime ? » La question, ainsi posée en ouverture du livre que Paolo Di Paolo et Giorgio Biferali ont consacré À Rome avec Nanni Moretti, aurait de quoi faire sourire. En tout cas, moi, elle m’a fait sourire. D’autant que l’image de Nanni Moretti en scooter dans les rues de Rome est devenue une sorte de cliché, un peu comme celle d’Audrey Hepburn et Gregory Peck arpentant en scooter les rues de la ville éternelle dans les catastrophiques Vacances romaines d’une princesse au début des années 1950. Pas tout à fait, non, en effet, mais quand même. Évidemment, tu ne peux pas réduire Rome à ça, pas plus que tu ne peux réduire les films de Nanni Moretti à une scène où il roule dans Rome au son de Didi de Cheb Khaled ni un peu plus loin, disons vers le littoral d’Ostie, au son du Köln Concert de Keith Jarrett. Pourtant, c’est bien ainsi que la ville se manifeste. Elle ne se révèle pas, non : elle apparaît. Continuer à lire … « Errer dans la ville, sans but »