Le roman poétique

À propos de Le bon apôtre de Philippe Soupault [Lachenal & Ritter, 1988 (1923)]

Curieux petit roman que celui-ci, le premier de son auteur, initialement publié en 1923. Un roman qui, plutôt qu’une succession de péripéties, propose un parcours poétique, voire d’assister à la naissance d’une poétique. Dire « naissance » n’est qu’une façon de parler, car la véritable naissance avait déjà eu lieu en 1919 avec l’écriture à quatre mains en compagnie d’André Breton de ce qui deviendrait le surréalisme – je veux parler, bien entendu, des Champs magnétiques, l’invention d’une écriture automatique dont Le bon apôtre porte indéniablement la trace.

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5 poèmes de Gonzalo Millán

Le Chili, on le sait, est un pays de poètes. Cette lapalissade un peu générale, qui fleure bon le cliché où creuser des formules vides (« le Chili, terre de contrastes »), n’en reste pas moins exacte. Le XXème siècle n’aura pas été avare, loin s’en faut, s’agissant de faire surgir des poètes remarquables dans ce que Roberto Bolaño appelait le « pays-couloir ». Un Bolaño qui, s’il fut indéniablement meilleur romancier que versificateur, n’en connaissait pas moins un rayon sur la poésie mondiale. Et forcément sur celle de cette longue frange de terre qui – que cela lui plaise ou non – restait son pays natal. Il n’a jamais cessé de revendiquer, comme un blason ou un emblème, l’influence déterminante sur son œuvre et sa pensée de la poésie de Nicanor Parra, probablement le poète chilien et hispanophone le plus important de la seconde moitié du XXème siècle. Ailleurs, c’est Enrique Lihn qui sert de personnage à une nouvelle.

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Portraits de poètes n°1 : Robert Frost

I never dared be radical when young
For fear it would make me conservative when old.

Je n’ai jamais osé être radical dans ma jeunesse                                                                                      De peur que cela ne me rende conservateur dans ma vieillesse.

L’œuvre de Robert Frost est un classique qui prend la poussière sur les rayonnages de la bibliothèque du Congrès et dans les manuels scolaires américains où il est trop souvent dépeint comme un poète rural et existentialiste. Découvert par des poètes et critiques britanniques, il a pourtant été un personnage public et célébré dans son pays natal. Invité de nombreuses et prestigieuses universités américaines, il a même participé à la cérémonie d’investiture de John F. Kennedy pour lequel il a lu « The Gift Outright ».

Robert Frost est pourtant un homme qui cultive la discrétion. Loin d’être marqué par une soif de reconnaissance, son parcours public est ponctué de retraites et d’exils volontaires. Professeur, à la formation universitaire chaotique mais brillante, il est aussi devenu fermier autant par nécessité financière que par volonté d’échapper aux carcans académiques. Loin des fastes de New York ou des grandes villes américaines, il s’enracine en Nouvelle-Angleterre. Son œuvre et  sa vie sont intimement liées au New-Hampshire et à ses paysages familiers dont il s’attache à décrire la rudesse et la beauté.
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