Parfaitement visible

À propos de quelques livres de Sergi Pàmies (*)

Chansons d’amour et de pluie, le onzième livre de Sergi Pàmies traduit en français, aurait pu être un recueil de contes fantastiques japonais du XVIIIe siècle. Qui sait d’ailleurs si ce n’en est pas un en fait et si le lecteur ne se trompe pas, naïf comme il est, en croyant sur parole tout ce que lui raconte l’auteur ? Pourtant, l’auteur ne manque pas une occasion de le détromper, de le mener en bateau par le bout du nez jusqu’à Dieu sait où. Mais l’autre, le lecteur, le suit tout le temps. Il fronce un peu les sourcils, quelquefois, oui, mais guère plus. Il est docile et se laisse faire ; après tout, pense-t-il, l’auteur est un Catalan. Sauf qu’aucune des histoires que raconte Pàmies ne va de soi : elle hésitent, se renversent, s’oublient, prennent le lecteur à témoin, à partie, et puis en font un personnage qui, lui, de son côté, se demande bien ce qu’il fait là, en train d’assassiner dans un combat qui n’a vraiment rien d’hitchcockien quelqu’un qu’il n’a jamais vu de sa vie et que, par la force des choses, il ne verra plus jamais. Preuve si l’on veut que, même s’il en donne souvent l’impression, l’auteur ne parle pas uniquement de lui puisque, l’autre, par essence, le lecteur, participe de ces élucubrations. Continuer à lire … « Parfaitement visible »